Le tramway d'Annecy à Thônes : vingt-deux kilomètres de vapeur (1898-1930)
Avant la voiture, avant les cars, la vallée de Thônes se rejoignait en tramway. Un petit train à vapeur, à voie métrique, partait du centre d’Annecy et grimpait vers le nord-est par Annecy-le-Vieux, franchissait le défilé de Dingy, longeait le Fier et déposait ses voyageurs à Thônes en une heure. La ligne a vécu trente-deux ans, de 1898 à 1930, et n’a jamais été électrifiée.
Une compagnie fondée en 1895
La Compagnie du tramway d’Annecy à Thônes est créée le 26 septembre 1895 par Léon Laydernier, qui se substitue deux ans plus tard à Jules Barut, le premier concessionnaire, le 22 septembre 1897. Il faut ensuite deux ans de travaux avant l’ouverture. La ligne est inaugurée le 11 septembre 1898, après qu’une équipe a dû tailler un passage dans la roche au niveau du défilé de Dingy, verrou naturel de l’itinéraire. La ligne s’étire sur 22 kilomètres, à voie unique, avec des pentes atteignant 60 pour mille, soit 6 %.
Le tracé, rue par rue
Le départ se fait dans le centre d’Annecy, juste au sud de la gare actuelle, qui appartient alors à la compagnie PLM, au niveau de la rue de Rumilly, où se trouvent le dépôt et les ateliers du matériel. La voie quitte la ville par l’est en empruntant les tracés des actuelles rue Vaugelas, rue de la Préfecture, avenue du Parmelan, avenue de Thônes et avenue des Carrés, puis gagne la rue de Lachat qui la mène à Annecy-le-Vieux. Le coteau qui sépare la plaine des Fins du secteur des Glaisins est franchi par deux virages en lacet, qui enserrent l’actuel cimetière du Lachat.
Vient ensuite le morceau de bravoure. L’entrée du défilé de Dingy se fait au lieu-dit Sur les Bois, et la route départementale qui passe là aujourd’hui reprend la plateforme construite pour la voie, placée dans l’accotement de l’ancienne route. Ses virages amples et sa pente régulière trahissent encore le passage du tramway. La cluse est franchie par un passage taillé dans la roche, puis la voie débouche dans la plaine d’Alex, qu’elle suit en rive gauche du Fier. Elle franchit la rivière au lieu-dit Morette, en contrebas de La Balme-de-Thuy, et atteint Thônes au pied de la Roche de Thônes, où la gare terminus se trouvait au niveau de l’actuelle avenue d’Annecy, face à la piscine municipale.
350 voyageurs par train
L’exploitation est simple et robuste : un train composé de quatre wagons, tiré par une locomotive à vapeur. Jusqu’à 350 personnes peuvent y prendre place, notamment en été, quand les touristes montent vers les Aravis. Le service assure six allers-retours par jour en été, quatre en hiver, et Thônes est rejointe en une heure. La fréquentation annuelle se situe entre 80 000 et 100 000 voyageurs. La ligne transporte aussi des marchandises, et à partir de 1910 une liaison routière touristique prolonge le voyage au-delà de Thônes, jusqu’au col des Aravis.
Le matériel roulant appartient à la compagnie et porte la marque de son époque : quatre locomotives à vapeur de 22 tonnes, à deux cabines, construites par Buffaud et Robatel, dix voitures voyageurs réparties en deux classes, et un parc de marchandises composé de dix wagons plats et tombereaux et de douze wagons couverts.
1er mai 1930, dernier départ
La concurrence de l’automobile vient à bout de la ligne. Le service ferme le 1er mai 1930, sans que le réseau ait jamais été électrifié, et les rails sont rapidement déposés. Les voyageurs entre Annecy et Thônes passent alors à l’autocar. Que reste-t-il de trente-deux ans d’exploitation ? Peu de chose, mais c’est encore lisible. Le tracé et le profil de la rue du Lachat, à Annecy, et de la route de Thônes, surtout dans le défilé de Dingy, gardent la trace de l’ancienne plateforme. Les cartes postales de l’époque, comme celle de la gare de Thônes, font le reste.
Le conseil du guide : la balade la plus parlante suit la route de Thônes dans le défilé de Dingy. En regardant la largeur régulière de l’accotement et la façon dont la route se creuse dans le rocher, on comprend comment un tramway a pu passer là. Pour prolonger le sujet, la page sur Annecy-le-Vieux raconte la commune que la ligne traversait avant d’attaquer le défilé.
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