Les gorges du Fier, un canyon en fente à dix kilomètres d'Annecy

La passerelle des gorges du Fier, accrochée à la paroi au-dessus du torrent
Photo : Martin Thurnherr, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Il faut lever la tête pour comprendre. Dans les gorges du Fier, à Lovagny, deux parois de roche se rejoignent presque et l’eau coule tout au fond, à vingt-cinq mètres sous la passerelle. La gorge est étroite et profonde, et compte parmi les plus grandes curiosités naturelles des Alpes françaises. Elle se trouve à dix kilomètres à l’ouest d’Annecy.

La gorge a été ouverte au public par un architecte annécien, Marius Vallin, qui y aménage en 1869 une passerelle fixée à flanc de rocher. Le site est classé depuis 1943. La passerelle actuelle mesure plus de 250 mètres de longueur et suit le torrent sur toute la partie la plus étroite.

Marmites de géants et mer de rochers

Le parcours réserve une série de figures que les guides nomment depuis longtemps. On y croise des marmites de géants, ces cuvettes circulaires creusées par les galets tournant dans les remous, la grande faille, la mer des rochers et la roche aux fées. Sous certains angles, les parois dessinent des visages : le phénomène porte un nom, la paréidolie, et il suffit de s’arrêter pour que la pierre prenne une figure.

Le site raconte aussi les colères du torrent. Des marques gravées dans la roche indiquent la hauteur atteinte par l’eau lors des crues, dont une crue de 24 mètres en janvier 2018. Les géologues classent ce type de relief dans les canyons en fente, ces entailles étroites et profondes que l’eau creuse en s’enfonçant entre deux parois rapprochées.

Un canyon né de la fonte du glacier

L’histoire de la gorge commence avec le glacier qui a donné naissance au lac d’Annecy. À la fonte, l’eau de ruissellement a cherché son chemin et s’est enfoncée dans la roche par surimposition, en gardant son tracé malgré le relief. Il a fallu environ 20 000 ans pour creuser le passage que l’on traverse aujourd’hui en quelques minutes.

La légende du petit page

Comme souvent dans les gorges, l’endroit a son histoire tragique. La légende locale met en scène le comte de Montrottier, inquiet de la fidélité de sa femme, Diane. Il charge un jeune page de surveiller la dame. Le garçon, secrètement amoureux d’elle, la surprend dans les bras du comte de Pontverre, le rival de son maître, et prévient le mari.

La suite tourne au drame. Démasqué, le comte de Pontverre s’enfuit à cheval. Le page s’accroche à la queue du destrier pour le retenir ; le cavalier l’entraîne au-dessus du Fier et tranche la queue de sa monture. L’enfant tombe et disparaît à l’endroit où se sont formées les gorges. Depuis, disent les habitants de la vallée, on entend parfois des gémissements monter de la pierre.

La visite en pratique

Le site est aménagé et se parcourt en une heure environ, avec des escaliers et des passages étroits. Il est ouvert tous les jours pendant la saison, avec des horaires qui s’allongent en été et se raccourcissent à l’automne ; mieux vaut vérifier les horaires du jour avant de partir. Le tarif d’entrée est de 6 euros pour les adultes, 3 euros pour les enfants de 7 à 15 ans, l’accès étant gratuit avant 7 ans. Les réservations ne sont nécessaires que pour les groupes.

Quelques règles sont à connaître avant de venir. Les chiens et les autres animaux sont interdits, les poussettes aussi, et un porte-bébé est obligatoire pour les enfants qui ne marchent pas encore : la passerelle n’est pas un chemin de promenade ordinaire. L’accès se fait par Lovagny, à une dizaine de kilomètres d’Annecy.

Le Fier en aval

La visite ne dit pas tout du torrent. En aval des gorges, le Fier descend la vallée, reçoit le Thiou venu du lac d’Annecy au niveau de Cran-Gevrier, puis poursuit sa route vers le Rhône.

Le château de Montrottier, qui donne son nom au comte de la légende, se trouve à quelques minutes du site. C’est une raison de plus de prévoir la demi-journée : les gorges d’un côté, la forteresse médiévale de l’autre, et entre les deux une route qui descend vers la vallée du Fier.

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