Pont des Amours d'Annecy : histoire, vues et accès
On la traverse en vingt secondes et on repart avec la photo. Le pont des Amours n’a pourtant rien d’un décor : c’est une passerelle en fer à une seule travée, posée à l’endroit précis où le canal du Vassé sort du lac, entre les Jardins de l’Europe et l’esplanade du Pâquier. Ce qu’elle relie compte plus que ce qu’elle est, et ce qu’on voit depuis son tablier vaut les quelques minutes qu’on lui accorde d’ordinaire.
Trois passerelles au même endroit
L’ouvrage actuel est le troisième. La plus ancienne trace d’un franchissement à cet emplacement est une passerelle en bois, datée de 1845. En 1859, la Ville la remplace par un pont en fonte à trois arches, mis en service sous un nom administratif, passerelle du jardin public, que les Annéciens n’ont jamais retenu. L’affaire a deux défauts : l’ouvrage passe trop bas pour les bateaux qui remontent le canal, et son entretien coûte cher.
La passerelle que l’on traverse aujourd’hui date de 1907. C’est un pont en fer à travée unique : 21,9 mètres de portée selon les relevés publiés, six nervures d’arc dont les deux extérieures portent des motifs floraux, et un garde-corps en fonte ajouré, très découpé, qui fait tout le charme de la chose. Sur l’auteur des travaux, les sources se contredisent : l’office de tourisme du lac d’Annecy crédite le ferronnier Claude Grandchamp, quand les bases consacrées aux ouvrages d’art retiennent le dessin de Gaspard Fruaüf et le chantier de Charles Galletto. Rien de ce que publie la Ville ne tranche entre les deux.
Ce que la passerelle relie
D’un côté, les Jardins de l’Europe, le parc à l’anglaise planté en 1863 derrière l’hôtel de ville, avec son cadran solaire de 1874 et sa statue de Berthollet. De l’autre, le Pâquier, sept hectares d’esplanade pris sur un ancien pâturage, où la ville installe la Fête du lac et le festival du film d’animation, et où le reste de l’année on loue des canots, des pédalos et des chevaux de bois.
Entre les deux, l’eau. Le canal du Vassé est l’un des deux bras qui prennent les eaux du lac pour former le Thiou ; il passe sous le tablier et file vers les quais de la vieille ville. La passerelle marque ainsi l’une des deux entrées de l’eau du lac en ville, ce qui explique sa position : ce n’est pas un belvédère, c’est un seuil.
Ce qu’on voit du tablier
Le point de vue tient en deux directions opposées. Au nord, l’eau libre du lac d’Annecy et ses montagnes en arrière-plan, comme l’écrit l’office de tourisme. Au sud, le canal, ses barques amarrées sous une voûte de platanes, les façades des quais, et l’île aux Cygnes juste en amont.
Ce qui frappe, c’est l’échelle. Depuis le tablier, on est à deux mètres au-dessus de l’eau verte, au niveau des barques, pas au-dessus du paysage. Les pêcheurs y descendent leur ligne, les barques à rames passent dessous en cadence, les vedettes en acajou s’y faufilent en laissant l’île aux Cygnes à tribord. L’eau prend sa couleur franchement turquoise au printemps, quand les platanes filtrent encore la lumière ; en août, il faut jouer des coudes pour atteindre la rambarde.
Le nom, la légende, et ce qu’elle vaut
Sur les cartes et dans la base adresse nationale, il n’existe qu’un nom : pont des Amours. L’appellation administrative d’origine, passerelle du jardin public, n’a pas survécu à l’usage.
La légende tient en une phrase, que l’office de tourisme relaie comme telle : un baiser échangé sur ce pont unirait les amoureux pour l’éternité. Elle a la vie dure et personne ne sait d’où elle vient. Aucun document ne la date, et elle a manifestement prospéré avec la fréquentation touristique, pas avec les archives. L’autre explication qui circule dans les guides, celle d’un quartier où l’on venait pour des rendez-vous tarifés, ne s’appuie sur rien de publié non plus ; les textes qui la répètent se recopient les uns les autres, sans qu’on trouve la source première.
Y venir, et comment y circuler
Les deux approches ne se valent pas. Par les Jardins de l’Europe, on arrive dans le dos des groupes et l’on découvre la passerelle de profil, encadrée par les arbres. Par le Pâquier, on longe le lac, on passe le pont Albert Lebrun et l’on débouche face au canal : c’est le côté le plus large, avec le lac dans le dos. Depuis la vieille ville, c’est une marche de quelques minutes par les quais.
Le pont lui-même est piéton, et l’arrêté municipal qui régit les rives du lac est précis sur ce point : la promenade cyclable du Pâquier, qui part de l’avenue d’Albigny et se termine au pont des Amours, impose aux cyclistes de poser pied à terre pour franchir la passerelle. Les engins de déplacement personnels motorisés y sont tolérés à l’allure du pas, et les vélos sont interdits sur les quais et dans les jardins du bord du lac. Côté Jardins de l’Europe, une voie verte relie le pont des Amours au pont de la Halle.
Il n’existe aucun horaire d’ouverture : le pont est un espace public, sans grille ni portail. L’arrêté y fixe des interdictions, comme celle de consommer de l’alcool entre 22 h et 6 h du 1er avril au 31 octobre, mais pas des heures d’accès.
Les barques et le soir
La passerelle doit une partie de son image aux vedettes en bois amarrées au quai Jules Philippe, revenues à l’été 2024 après deux saisons d’absence : la Mouette 2, barque de 1950, et le Nelson, de 1936, toutes deux passées à la propulsion électrique. Elles glissent sous le tablier, et c’est le seul moment où l’on voit un bateau de lac passer sous ses pieds.
Côté éclairage, rien n’est publié sur celui du pont. La Ville et le Syane ont en revanche refait en 2025 celui de la promenade du Pâquier, à quelques dizaines de mètres : 28 points lumineux de 80 W remplacés par 19 bornes « Eiffel » en acier Corten de 5,5 W, pour la même mise en valeur avec beaucoup moins d’énergie.
En pratique
Le pont se combine naturellement avec le reste du centre : la vieille ville et ses canaux, le Palais de l’Île et le Musée-Château pour la visite, la plage d’Albigny et les bateaux du lac à deux pas. À vélo, la promenade cyclable du Pâquier y mène directement depuis l’avenue d’Albigny ; pour la suite, voyez la voie verte sur la rive ouest et le tour du lac à pied. Pour bâtir une journée entière, que faire à Annecy donne l’ordre de marche, et Patrimoine et balades à Annecy les sorties plus larges. Les rendez-vous de saison sont dans l’agenda ; pour le stationnement et les bus, tout est sur accès et transports.
En images
Photos