Le Thiou : la rivière qui sort du lac d'Annecy
Trois kilomètres et demi. C’est la longueur du Thiou, l’exutoire du lac d’Annecy, et cela suffit à en faire l’un des cours d’eau les plus utiles du pays. Il naît là où le lac déborde, aux Jardins de l’Europe, traverse la vieille ville en deux bras, rejoint le Fier à Cran-Gevrier et file vers le Rhône. Sans lui, Annecy ne serait pas la « Venise des Alpes ».
Deux bras, une ville
Le Thiou quitte le lac par le « Port », l’espace compris entre les Jardins de l’Europe et les Marquisats. Ses eaux filent droit dans la vieille ville, et c’est par là que la navigation entre dans le centre : les bateaux de promenade y sont amarrés aujourd’hui, là où les barques à voile triangulaire ravitaillaient autrefois la ville. Sur le quai sud s’étendait la place aux grains, avec son grand marché et sa chocolaterie ; l’endroit accueille désormais un jardin, des parkings ombragés et la piscine des Marquisats.
Le second bras est le canal du Vassé, qui serpente dans la vieille ville, en partie à ciel ouvert, en partie en souterrain, avant de rejoindre le Thiou après le quai de l’Évêché. Il a été creusé pour alimenter les fossés des remparts, qui ont survécu parce qu’ils fournissaient eau et énergie aux ateliers de la ville. À son entrée se dresse le pont des Amours, l’un des points de vue les plus photographiés d’Annecy.
Une promenade fleurie suit la rivière du lac jusqu’au-delà du centre de Cran-Gevrier. Après la réunion des deux bras, au niveau de l’évêché, le Thiou longe une petite vallée boisée puis se jette dans le Fier à un kilomètre et demi de la sortie de la ville, avec un débit moyen de 8 m³ par seconde, qui tombe à 4 m³ à l’étiage et peut grimper à 40 m³ en crue. Les forges empêchaient encore récemment d’aller jusqu’au confluent : depuis 2010, une passerelle de 16 mètres relie les deux rives près du boulodrome de Cran-Gevrier.
Tuiles, moulins et roues à aubes
Le nom parle déjà d’industrie. Thiou viendrait du bas latin tiola, dérivé de tegula, la tuile : à l’orée de la forêt de Chevesne, le lieu-dit la Thiolière rappelle l’argile qu’on y extrayait pour couvrir les maisons du vicus romain de Boutae, développé dans la plaine des Fins dès le premier siècle de notre ère.
Au Moyen Âge, la rivière fait tourner des moulins à farine et des battoirs qui broient l’écorce de chêne pour en tirer le tanin des tanneurs. Des dizaines d’ateliers s’équipent de roues à aubes : forgerons, fabricants d’épées, de couteaux et de limes. Après la Révolution, elle attire les grandes industries de la ville : une manufacture de coton installée en 1804, qui comptera jusqu’à deux mille salariés avant de fermer en 1864, la papeterie Aussedat à Cran-Gevrier à partir de 1806, les Forges de Cran, des scieries, des fabriques de peignes, de meubles et de chapeaux, les tanneries et les imprimeries. Toutes y trouvent la même chose : une eau peu calcaire, un débit régulier et un courant capable de faire tourner des roues à aubes pour presque rien.
Les vannes qui règlent le lac
Le Thiou est aussi le robinet du lac. À partir de 1874, on y construit un système de régulation conçu par l’ingénieur des Ponts et Chaussées Sadi Carnot, futur président de la République. Trois vannes font l’essentiel du travail, au pont Perrière, au pont Albert-Lebrun et à Saint-Dominique, près du quai de Vicenza.
Gérées depuis 1876 par la ville pour le compte de l’État, ces vannes ont permis de remonter le niveau du lac de 20 centimètres, afin d’assurer aux usines un débit constant toute l’année. En cas de crue, elles peuvent évacuer jusqu’à 45 m³ par seconde. La cote du lac se mesure sous le pont de la Halle, près de la mairie : entre 70 et 75 centimètres en temps normal, avec une amplitude observée de 59 à 110 centimètres. En janvier 2018, le niveau a culminé à 112 centimètres, avant qu’une longue sécheresse ne le fasse tomber à 13 centimètres, le plus bas depuis les 11 centimètres de 1947.
Pour prolonger la promenade, notre guide du lac d’Annecy remonte ses rives, ses plages et ses points de vue. Le Thiou, lui, se contente de trois kilomètres et demi, et cela lui suffit depuis deux mille ans.
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