Palais de l'Île d'Annecy : histoire, visite et points de vue
Annecy a un emblème qui n’est ni son lac ni son château : une coque de pierre posée au milieu du Thiou, que les Annéciens ont longtemps appelée les « vieilles prisons ». Le palais de l’Île a servi de geôle pendant cinq siècles et demi, abrité un atelier monétaire, un tribunal, un asile de vieillards et des salles de gymnastique, et il a fallu un sauvetage in extremis en 1900 pour qu’il soit encore là. Il se visite, et il se photographie surtout depuis la rive d’en face.
Une proue sur le Thiou
Le monument occupe une île rocheuse naturelle, en pleine vieille ville, là où la rivière se sépare pour l’encercler. Son enceinte épouse le contour de l’îlot et s’effile en aval en une proue, d’où la formule qu’on lit sur toutes les fiches : une « maison en forme de galère ». Au centre des bâtiments, on retrouve encore le noyau d’origine, une maison forte quadrangulaire du 12e siècle que les siècles ont habillée de corps de logis. La silhouette tient à peu de chose : des façades enduites d’ocre, des baies étroites, une tour d’escalier coiffée d’un toit pointu qui émerge des toitures. Le quai de l’Évêché et le quai Perrière l’encadrent, l’un pour la vue, l’autre pour ses terrasses.
La maison forte des comtes de Genève
La première trace écrite ne parle pas d’architecture mais de nourriture. En 1325, le châtelain d’Annecy paie Jean de Monthoux, seigneur de l’Île, pour la pitance de deux prisonniers : la maison forte, déjà plus ancienne que l’acte, sert de geôle comtale. En 1355, le comte Amédée III de Genève obtient de l’empereur Charles IV le droit de monnayer l’or et l’argent, et un atelier monétaire s’installe dans le bâtiment. L’atelier cesse à la fin du 14e siècle, mais la « Maison de l’Île » reste un édifice majeur de la ville médiévale, attaché au pouvoir seigneurial. Quand la Maison de Savoie prend le contrôle d’Annecy, le duc Amédée VIII donne la maison en fief à une famille seigneuriale locale.
La bascule arrive à la fin du 16e siècle : une tour d’escalier et un nouveau palier de circulation sont ajoutés pour y loger des chambres de justice, et le bâtiment prend le nom qui lui est resté, Palais de l’Île. Les deux fonctions, juger et enfermer, cohabiteront près de trois siècles. L’orthographe d’époque écrivait « Isle », l’usage actuel veut « Île ».
Cinq siècles et demi derrière les barreaux
Au 18e siècle, l’édifice se remplit de bureaux, mais la prison reste sa fonction principale jusqu’en 1864. Cette année-là, Annecy se dote d’une autre maison d’arrêt, détruite depuis, et le palais change de population : asile de vieillards de 1865 à 1880, puis école de dessin pour les tailleurs de pierre et les charpentiers, salles de gymnastique et hébergement.
Le conseil municipal, lui, regarde ailleurs : il envisage de démolir le bâtiment pour installer des bains. Le palais joue alors sa vie, et deux hommes montent au créneau, André Theuriet, romancier, et Charles Suisse, inspecteur des Monuments historiques. Theuriet en signe en 1896 la meilleure description, peu flatteuse pour l’architecture : « Le Palais de l’Isle n’offre à l’œil ni l’élégance des belles lignes architecturales, ni la somptuosité du décor. Il y a plus et mieux : autour de ses murailles et de sa tourelle pointue, la musique des eaux vives, la caresse verdoyante des feuillés. » Quatre ans plus tard, le 16 février 1900, un arrêté classe le Palais de l’Île monument historique, et la Ville en reste propriétaire. La notice PA00118359 de la base Mérimée reprend les termes de l’arrêté, qui date la construction du 12e siècle et donne au bâtiment une destination actuelle de musée.
Un siècle de chantiers
Le classement n’a pas tout réglé. La première restauration, entre 1900 et 1905, revient à l’architecte Charles Suisse, le même qui défendait l’édifice : c’est lui qui fixe l’image pittoresque que nous connaissons, et la carte postale lui doit beaucoup. Suivent des travaux de maçonnerie et de couverture en 1930, puis, en 1983, une reprise de la tour d’escalier et des façades côté place. En 2008, l’escalier en vis est restauré, marches en pierre de molasse comprises, pour sécuriser la circulation des visiteurs. Le dernier grand chantier, en 2017 et 2018, a repris la totalité des charpentes, les couvertures et les façades. Depuis 1939, l’ensemble est au cœur du site classé des canaux du Thiou et du Vassé, sous le contrôle des Monuments historiques.
Ce qu’on visite aujourd’hui
Le palais est bel et bien ouvert au public, et ce n’est pas une coquille vide. Il héberge depuis 2005 le Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP), l’outil d’une ville labellisée Ville d’Art et d’Histoire. Le parcours descend dans les cachots de l’ancienne prison, traverse les salles de l’ancien palais de justice et passe par la chapelle, devenue depuis 2018 un espace d’art contemporain. Au deuxième étage, une exposition retrace le développement économique et industriel d’Annecy dans les années 1940 à 1960, quand la ville bascule de la bonneterie vers la mécanique de précision. Des expositions temporaires et des rendez-vous pour le jeune public complètent l’ensemble.
Le rythme est simple : fermé le mardi toute l’année. Horaires d’hiver du 1er octobre au 31 mai, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h 30 ; horaires d’été du 1er juin au 30 septembre, de 10 h 30 à 18 h en continu. Dernières entrées quarante-cinq minutes avant la fermeture, animaux non admis. Comptez 4 € en tarif plein, 5 € en juillet et août, 2 € et 2,50 € en tarif réduit, et 8 € ou 9 € pour le billet jumelé avec le musée-château, valable quarante-huit heures. Le pass expos annuel à 22 € est réservé aux habitants d’Annecy, et l’entrée est gratuite pour tous le premier dimanche du mois, d’octobre à mai. Ces horaires et ces tarifs sont ceux publiés aujourd’hui par les Musées d’Annecy, la fiche du monument comprise. Côté jours fériés, la fermeture tombe le 1er janvier, le lundi de Pâques, les 1er et 8 mai, l’Ascension, les 1er et 11 novembre, ainsi que les 24 et 25 décembre.
D’où le photographier
La vue la plus célèbre du palais ne se prend pas depuis le palais. Elle se prend du quai de l’Évêché, sur l’autre rive, quand la proue et la tour se détachent de trois quarts au-dessus de l’eau. En juillet et août, venez tôt : c’est l’un des points les plus fréquentés de la vieille ville. Le pont de la Halle embrasse les deux rives à la fois et donne un plan plus large, avec les façades colorées dans le cadre. L’eau du Thiou, presque immobile à cet endroit, fait un miroir correct : baissez-vous un peu, et le reflet remplace le ciel sur la moitié de l’image. L’office de tourisme du lac d’Annecy publie d’autres angles.
En pratique
Le palais est en plein secteur piéton, à quelques minutes des arcades de la rue Sainte-Claire et de la montée au château. Pour venir sans voiture, les bus du réseau et les parkings du centre sont détaillés sur notre page accès et transports. La visite se combine naturellement avec le reste du quartier : voir vieille ville d’Annecy pour les canaux et l’itinéraire, et Musée-Château d’Annecy pour l’autre moitié du billet jumelé. Le pont des Amours se rejoint en remontant les quais vers le lac. Le reste de la journée se prépare sur que faire à Annecy. Les visites guidées et les rendez-vous patrimoine sont dans l’agenda. Pour replacer le monument dans l’histoire longue de la ville, Histoire d’Annecy et Patrimoine et balades à Annecy prennent le relais. Pour la table d’après-visite, les adresses sont sur restaurants à Annecy.
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