Sevrier : le Prieuré, les palafittes et la rive ouest du lac d'Annecy

Le lac d'Annecy vu depuis Sevrier, avec le Semnoz en arrière-plan
Photo : Guilhem Vellut, CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

Sevrier se traverse en cinq minutes de voiture et se laisse oublier. C’est pourtant la première commune de la rive ouest après Annecy, celle où la voie verte quitte les faubourgs pour longer vraiment le lac, et l’une des deux seules du tour du lac à posséder non pas un mais deux sites archéologiques classés au patrimoine mondial. Quatre mille trois cent trente-trois habitants, un chef-lieu posé au pied du Semnoz, et une quinzaine de hameaux qui s’étirent entre la route et l’eau.

Severiacus, la voie romaine et les hameaux

Le nom vient du latin : les Romains connaissaient ce bourg sous celui de Severiacus. Et ce n’est pas un hasard, parce que la commune est née d’un axe de circulation. La voie romaine qui menait d’Annecy à Faverges la traversait, et deux hameaux lui doivent leur nom : Létraz, où l’on reconnaît le latin stratum, la chaussée, et Chuguet. Le reste de la commune s’égrène en une liste qui dit bien la dispersion de l’habitat : Le Crêt, les Avollions, la Combe, les Daudes, Le Clos, les Choseaux, la Planche, les Mongets, le Brouillet, Avellard, le Piron et Cessenaz. Autant de lieux-dits étirés au bord du lac, entre la route départementale et l’eau.

La page patrimoine de la mairie sert de fil conducteur : elle ouvre sur les sites palafittes, la voie romaine, la charte d’affranchissement, le Prieuré, la chapelle de Létraz, le Clos Berthet et les fours.

Le Prieuré, racheté par la commune en 2000

On connaît mal les débuts du Prieuré. On sait qu’une petite église, un cimetière et quelques bâtiments occupaient déjà l’emplacement actuel au 11e siècle, et que l’église appartenait alors au seigneur du lieu. Au 12e siècle, des chanoines de l’ordre de Saint-Augustin mettent en échec ce patronat laïc et obtiennent l’indépendance du Prieuré en 1237. Celui-ci rendait un service concret : il apportait un secours religieux sur l’itinéraire de la rive gauche du lac.

La suite est une longue histoire de revenus et de procès. Au 14e siècle, après une vacance, le Prieuré est rattaché au monastère de Talloires pendant une douzaine d’années, puis au chapitre de Notre-Dame de Liesse, à Annecy : le chanoine d’Annecy fait office de curé, et les terres du Prieuré nourrissent les chanoines de la collégiale. En 1607, saint François de Sales y implante un vicaire perpétuel, qui vit mal des redevances dues par les Sevriolains. Le chapitre engage pas moins de trente procès contre les paroissiens entre 1560 et 1660. Le Prieuré comptait trois bâtiments, dont la grange de la dîme, face à l’entrée de l’église, détruite en 1853. Vendu en 1796 avec les biens du clergé, il faudra attendre 1803 pour que Sevrier devienne une paroisse ordinaire. La famille Domenjoud l’a gardé près de 140 ans, à partir de 1863, avant que la commune ne le rachète en 2000 : le bâtiment et son parc accueillent aujourd’hui des expositions. C’est là que se tient l’exposition des Corsos fleuris pendant la fête du Bidoyon.

Deux villages palafittes classés par l’Unesco

Les sites palafittiques, de l’italien « pieux fichés », sont des vestiges d’habitats lacustres occupés entre 5000 et 500 ans avant notre ère. L’hypothèse est posée en 1856 par un conservateur du musée de Lausanne, à propos des lacs suisses et savoyards, et les premières recherches menées sur le lac d’Annecy lui donnent raison. Une quarantaine de sites sont aujourd’hui répertoriés autour du lac, dont une douzaine du Néolithique et une dizaine de l’âge du Bronze. Le 27 juin 2011, le comité du patrimoine mondial de l’Unesco en a classé 111 dans tout l’arc alpin.

Trois de ces sites bordent le lac d’Annecy. Deux sont à Sevrier. Le Crêt de Chatillon (FR-74-05) occupe une île sous-lacustre à plus de huit cents mètres du rivage, implantation inhabituelle qui suggère un souci défensif, et une pirogue monoxyle en chêne y est toujours en place : c’est la seule embarcation de cette période recensée dans les lacs savoyards. Les datations par cernes de bois montrent des phases vers 1184, vers 1059 et entre 911 et 899 avant notre ère, et l’on y a trouvé un four de potier ainsi qu’un moule de hache, indice d’un atelier métallurgique. Le secteur des Mongets (FR-74-06) est encore plus rare : il compte parmi les très rares sites du Bronze ancien du domaine subalpin, avec des abattages datés entre 1803 et 1766 avant notre ère, un chemin de rondins qui se faufile entre deux palissades et deux rangées doubles et parallèles de pieux correspondant aux habitations.

La rive ouest, la voie verte et les roselières

La voie verte longe le lac par ici, et sa section gérée par le SILA commence à Sevrier, à Beaurivage. Notre page sur la voie verte donne le tracé et les règles de partage, celle sur le lac d’Annecy les chiffres du plan d’eau et le tour du lac les itinéraires complets.

Deux milieux protégés encadrent la commune. Entre Sevrier et Saint-Jorioz, le marais de l’Enfer fait partie, avec le Bout du lac à Doussard, des sites pilotes restaurés par le SILA entre 2012 et 2015. Une seconde tranche a suivi en 2021 et 2022 aux Avollions, sur la commune, pour reconstituer des roselières. Depuis 2015, le règlement de police interdit d’approcher à moins de cinquante mètres du front des roselières, à pied comme en bateau, et cette limite vaut aussi pour l’atterrissage des embarcations.

La plage, la station nautique et la webcam

Sevrier a sa plage municipale et sa station nautique, à quelques encablures du chef-lieu, avec le port et ses mouillages juste à côté. La commune a installé une webcam sur la base nautique, accessible en direct : les autres vues du lac sont réunies sur notre page webcams.

Pour pratiquer plutôt que regarder, le sport à Annecy recense les équipements et les clubs du bassin, et que faire à Annecy sert de point de départ pour une journée sur le lac.

Y aller, et la RD 1508 cet automne

Le réseau Sibra a deux lignes qui desservent les rives du lac toute l’année, la 15AB et la 20, toutes deux en correspondance à la gare d’Annecy, terminus du pôle d’échanges. La ligne 15 part de la gare d’Annecy et descend jusqu’à l’église de Duingt, en passant par les Marquisats puis par Sevrier, avec plusieurs arrêts dans la commune, dont Létraz, Mairie de Sevrier et ZAC Prés Vignobles, avant Saint-Jorioz. La 15A assure le service en soirée, le dimanche et les jours fériés. Notre page sur les accès et transports à Annecy détaille le reste du réseau.

Un avertissement à garder en tête cet automne. Le Département ferme complètement la RD 909 A et la RD 16 du 14 septembre au 18 décembre 2026, pour sécuriser les falaises qui les surplombent. Une grande partie du trafic devrait se reporter sur la RD 1508, qui traverse Sevrier : la commune invite à privilégier les transports en commun, le covoiturage et la voie verte, et à réduire les déplacements non essentiels. C’est le même chantier qui a conduit à fermer la voie verte entre Doussard et Talloires-Montmin, où la navette lacustre prend le relais, comme le raconte notre page sur Talloires-Montmin.

La mairie est au 2000 route d’Albertville, et le numéro de contact, le 04 50 19 01 10, sert aussi pour les salles municipales et le restaurant scolaire.

À l’agenda

La 34e édition de la Fête du Bidoyon, organisée par Les Amis du Terroir, se tient le dimanche 4 octobre 2026 à partir de 9 h 30 autour du four à pain : animations musicales, repas sous chapiteau, vente de cidre, de pain, de bugnes et de diots, et exposition des Corsos fleuris à la Villa du Prieuré. L’entrée est gratuite, avec stationnement libre aux parkings de la plage et de la Liaz. Les autres rendez-vous sont sur l’agenda.

Sevrier est jumelée avec Le Guilvinec et avec Schluchsee, et entretient des pactes d’amitié avec Lac-Beauport, au Québec, et Le Grand Bornand.

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