Réserve naturelle du Bout du lac d'Annecy : sentier, faune et accès

La réserve naturelle du Bout du lac d'Annecy, à Doussard, entre roselières et eaux calmes
Photo : Guilhem Vellut, CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

C’est ici que le lac d’Annecy s’arrête. Après Doussard, l’eau se referme derrière un rideau de roseaux, et 84 hectares de marais classés en réserve naturelle depuis 1974 prennent le relais. Le site reçoit 200 000 visiteurs par an en moyenne, sur un sentier à plat que les fauteuils roulants empruntent seuls. C’est aussi l’endroit le plus réglementé du tour du lac, et pour une bonne raison.

Un marais qui est le lac d’avant

Il faut se figurer la scène autrement : le lac était plus vaste. L’Ire et l’Eau Morte, les deux rivières qui l’alimentent, ont déposé des alluvions pendant des millénaires jusqu’à combler son extrémité sud. Sur ces sédiments s’est installé un vaste marais, fauché pendant des générations, et c’est cette histoire agricole qui explique la mosaïque d’aujourd’hui : forêts humides, roselières, prairies humides et tourbières alcalines, sur un terrain plat à 450 mètres d’altitude. La réserve occupe 84 hectares, entièrement sur la commune de Doussard, auxquels s’ajoute un périmètre de protection de 15 hectares côté lac, où toute circulation est interdite.

La gestion courante est confiée par l’État à Asters, le conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie, dont les gardes-techniciens suivent le site au quotidien ; les gros travaux d’entretien sont passés du SILA à la communauté de communes des Sources du lac d’Annecy en 2024. C’est une réserve naturelle nationale, pas un parc municipal, et son règlement s’applique à la lettre.

Ce qui vit là

La flore des prairies humides compte des espèces devenues rares, à commencer par l’Epipactis palustris, une orchidée des marais. La faune est celle d’une zone humide complète : passereaux spécialistes des roselières, canards hivernants comme les fuligules milouin et morillon, poissons du lac, brochets, perches et tanches, reptiles, papillons et libellules peu communs.

Deux habitants méritent qu’on s’y attarde. Le castor d’Europe, réintroduit en 1972, s’est installé dans le secteur, et sa présence se lit dans les berges. Le crapaud commun, lui, survit ici : la réserve abrite la dernière population connue de tout le tour du lac, ce qui donne la mesure de ce que la rive a perdu ailleurs.

Le sentier, 1,6 km sans une marche

Le sentier a été conçu en 2007 et achevé en mai 2010, avec un cahier des charges peu banal : permettre à une personne en fauteuil roulant de traverser une zone humide sans que le passage se transforme en caillebotis de fortune. Le résultat tient en deux sections, pour un aller de 1,6 km. Dans les parties forestières, 880 mètres de sable compacté de 2,5 mètres de large ; dans les zones humides, plus fragiles, 720 mètres de platelage en bois de mélèze posé sur pilotis, large de 2 mètres, assez large pour que deux fauteuils se croisent. Le dénivelé est nul, à une très légère pente près qui permet de surplomber la roselière.

Le parcours se fait en aller-retour, et ce n’est pas un défaut de conception : les gestionnaires ont volontairement laissé la boucle inachevée pour préserver quelques centaines de mètres plus sauvages. Des bornes de distance jalonnent le trajet tous les 200 mètres, un belvédère ouvre sur le lac, et l’interprétation ne se limite pas à des textes : quinze panneaux, dont douze interactifs posés en 2014 et complétés depuis, avec des silhouettes d’animaux, une sculpture de castor, des empreintes gravées, des éléments tactiles et des textes en braille.

Deux outils accompagnent la visite. Un audioguide de vingt pistes, réalisé avec la Radio H2O et les Amis de la réserve, couvre l’histoire, les paysages, la faune, la flore et les métiers du site ; et un parcours en facile à lire et à comprendre a été écrit pour les personnes en situation de handicap intellectuel. Le tout pour un budget d’investissement de 390 000 euros, financé à 40 % par le Département, 30 % par la Région, 10 % par l’État et le reste par le SILA et ses partenaires.

Ce qui est interdit, et pourquoi

La liste est longue, et elle se lit comme un mode d’emploi plutôt que comme une brimade. Sont interdits : les chiens, les déchets, les cycles, les véhicules motorisés, le feu, la cueillette de végétaux, le bruit, le survol, la navigation, la chasse, le camping et le bivouac. L’accès est fermé de 21 h à 7 h, et l’ensemble du périmètre de protection côté lac est interdit à toute circulation. Les chevaux, eux, ne passent pas sur le sentier aménagé, question de portance du sol.

Motif invoqué par le gestionnaire : canaliser les visiteurs. Un sentier de 1,6 km qui porte 200 000 passages par an use un milieu plus vite qu’il ne se refait, surtout quand le sol est tourbeux. La roselière, elle, est l’héritage d’un siècle difficile : les roselières du tour du lac sont passées d’une centaine d’hectares à une dizaine, entre les ports, la stabilisation du niveau et le piétinement, comme l’explique notre page du lac d’Annecy avec les chiffres du SILA.

Y aller

L’entrée se trouve route de la Vieille Église, à Doussard. L’accès est libre, il n’y a ni billet ni horaire d’ouverture : la seule contrainte horaire est la fermeture entre 21 h et 7 h. Le stationnement se fait sur place, avec deux places réservées aux personnes à mobilité réduite et une barrière anti-camping-car qui se soulève sur demande. Aucune toilette n’est installée sur le site, et c’est le genre de détail qui compte quand on vient avec des enfants.

Un second accès existe depuis la plage de Doussard, mieux équipé en sanitaires et partiellement accessible, mais une passerelle empêche de rejoindre le sentier principal depuis ce côté. Autrement dit, si vous venez avec un fauteuil roulant ou une poussette tout-terrain, visez l’entrée de la route de la Vieille Église, la seule qui mène au platelage.

Sans voiture, deux solutions. La ligne régionale Y51, qui relie Annecy à Albertville, marque un arrêt nommé Bout du Lac et circule tous les jours de l’année, d’après la fiche horaire de l’exploitant ; et la voie verte arrive à Doussard par la rive ouest, ce qui permet de venir à vélo depuis Annecy, sachant que les cycles s’arrêtent à l’entrée de la réserve.

Un dernier point de contexte : depuis le 14 septembre et jusqu’au 18 décembre 2026, la RD 909 A est fermée entre Doussard et Talloires-Montmin, falaise à sécuriser. Pour qui arrive de la rive est, il faut donc passer autrement, comme le détaille notre page sur Doussard.

Le reste du pourtour du lac se découvre sur notre page du tour du lac et celle des plages. Les deux réserves du lac ne se ressemblent pas : celle du Bout du lac est plate, humide et accessible, le Roc de Chère grimpe au-dessus de Talloires.

Pour l’essentiel, les informations de cette page viennent du conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie, gestionnaire du site, qui publie la réglementation et les caractéristiques du sentier, et de la fiche de valorisation du sentier publiée par le ministère de la Transition écologique, qui donne le détail des aménagements, de la fréquentation et du budget. Les deux ont été consultées le 27 septembre 2026.

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