Le Roc de Chère, réserve naturelle au-dessus du lac d'Annecy
Le Roc de Chère est le promontoire boisé qui ferme le lac d’Annecy à l’est, entre Menthon-Saint-Bernard et Talloires-Montmin. Sa falaise tombe directement dans l’eau, ses sentiers grimpent sous les arbres, et il faut une vingtaine de minutes de voiture depuis la vieille ville pour s’y retrouver. C’est l’un des rares rivages lacustres de la région qui n’a pas été construit, ce qui lui vaut une double protection depuis les années 1970.
Une réserve naturelle nationale depuis 1977
Le site a été classé par un décret du 19 octobre 1976 portant sur 180,67 hectares, sur les deux communes de Menthon-Saint-Bernard et Talloires, alors que la pression immobilière menaçait les rives, comme le rappelle la fiche de la DREAL consacrée au site. Une partie de la zone était déjà protégée depuis le 2 décembre 1944. La réserve naturelle nationale a suivi en 1977, et le Conservatoire du littoral a commencé ses acquisitions la même année pour éviter le démantèlement du massif. Il est aujourd’hui propriétaire de 71,59 hectares sur le site.
La réserve elle-même couvre 68 hectares, entre 447 et 601 mètres d’altitude, selon le Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie, l’association Asters désignée par l’État pour la gérer, comme les huit autres réserves du département. Sa gestion suit un document approuvé par le comité consultatif de la réserve.
Deux flores opposées sur le même versant
Le relief explique la curiosité botanique du lieu : falaises calcaires, lapiaz, vallons ombragés et marécageux, crêtes gréseuses, avec des expositions qui changent d’un sentier à l’autre. Sur les pentes nord, exposées au froid, poussent des plantes d’origine glaciaire ou arctique, comme le rhododendron ferrugineux et le lycopode sélagine. Sur les falaises tournées au sud, le milieu devient méridional, avec l’érable de Montpellier et le buis. Cette coexistence est rare à cette latitude.
Les prairies sèches qui occupent le centre du massif, à l’intérieur du golf de Talloires, sont fauchées tardivement pour laisser se développer les orchidées et les insectes, et elles abritent un gisement de bulimes, des coquillages fossiles dont le Conservatoire d’espaces naturels signale qu’il est unique dans tout l’arc alpin.
La faune du massif
Sous les arbres vivent les petits mammifères forestiers, plusieurs espèces de chauves-souris, des oiseaux, des libellules et des papillons. Les mares et les zones humides hébergent des amphibiens et des reptiles que le Conservatoire cite nommément : la grenouille rousse, la salamandre tachetée et le crapaud sonneur à ventre jaune, dont la présence signe la qualité des milieux.
Ce que la réserve interdit
Le règlement est court et s’affiche à l’entrée des sentiers. Le camping et le bivouac sont interdits, comme les déchets, les véhicules motorisés, le feu, le bruit et la cueillette des végétaux. Il faut rester sur les sentiers, ne rien inscrire sur les pierres ou les arbres, et tenir son chien en laisse du 15 avril au 30 juin, la période où la faune se reproduit. Le reste de l’année, la laisse n’est plus obligatoire, mais les propriétaires sont invités à garder leur chien près d’eux.
Des moines, des vignes, puis des projets immobiliers
L’occupation humaine remonte au Moyen Âge. La forêt fournissait le bois de chauffage et les pâturages, des cultures occupaient certaines parcelles, avec des vignes et des prés dans la dépression centrale. Au 14e siècle, les moines de l’abbaye de Talloires ont creusé un étang pour y installer un vivier à poissons. L’exode rural du 20e siècle a fait retomber les cultures et l’exploitation forestière, laissant la forêt reprendre le terrain, sauf au centre où le golf s’était installé. Dans les années 1970, les projets de construction ont été la raison directe des premières acquisitions du Conservatoire du littoral.
S’y promener
Le massif se parcourt à pied, sur un réseau de sentiers qui montent au-dessus des falaises et redescendent vers les plages. Les panoramas portent sur la baie de Talloires, le Grand Lac et les sommets de la rive ouest. Le site se trouve sur la route de la rive est, décrite dans notre page du tour du lac d’Annecy, et il sert de but de promenade aux deux communes qui le partagent, Menthon-Saint-Bernard et Talloires. Le Conservatoire d’espaces naturels publie un dépliant en français et en anglais, un livret de découverte et un décret de création, utiles avant une première visite.
En images
Photos