Un village préhistorique du lac d'Annecy cartographié

La passerelle en bois du Petit Port, sur la rive du lac d'Annecy à Annecy-le-Vieux
Photo : Guilhem Vellut, CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

À quelques dizaines de mètres de la berge du Petit Port, des pieux de bois sont plantés dans le lac depuis le Néolithique. Pendant le mois d’octobre, l’archéologue Robin Brigand et une équipe du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines relèvent le plan de ce gisement, sur la commune déléguée d’Annecy-le-Vieux.

Le DRASSM est un service du ministère de la Culture. Son chantier du Petit Port porte sur un habitat sur pilotis, appelé palafitte, dont il ne reste que la partie immergée. La notice Mérimée décrit une série de pieux enfoncés entre 1,8 et 2,8 mètres sous la surface, répartis sur environ 2 000 m². Le gisement couvre le Néolithique et l’âge du Bronze et n’a pas subi de destructions majeures. L’État en est propriétaire, et l’arrêté d’inscription au titre des monuments historiques date du 22 février 1991.

Robin Brigand résume l’enjeu en une phrase : « Il est urgent de documenter ces sites avant qu’ils ne disparaissent, avant que l’on n’ait plus accès à ces précieuses informations. »

Les étiages répétés fragilisent les pieux

La conservation de ces vestiges dépend de la stabilité du système lacustre. Les périodes d’étiage y sont plus fréquentes, et le DRASSM cite aussi les espèces invasives et la surfréquentation parmi les pressions qui pèsent sur les stations. « Les sites palafittiques sont en première ligne du changement climatique et seront sûrement les premiers à disparaître », ajoute l’archéologue.

Ces villages sur pilotis datent, pour l’ensemble de l’arc alpin, d’une période allant d’environ 5 000 à 500 ans avant notre ère. Ils comptent parmi les premières communautés agricoles installées au bord des lacs.

Une quarantaine de stations autour du lac, trois classées à l’UNESCO

Le lac d’Annecy compte une quarantaine de stations palafittiques répertoriées autour de ses rives. Trois figurent au patrimoine mondial, deux d’entre elles sur la commune de Sévrier. Le bien sériel « Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes » regroupe 111 sites de l’arc alpin, inscrits en 2011 ; onze sont en France, dont huit en Savoie et en Haute-Savoie.

Le DRASSM prospecte les stations du Bronze final du lac depuis 2017, à la suite des campagnes de suivi menées sur les palafittes inscrits. Le Crêt de Chatillon, à Sévrier, sert de site principal : un haut-fond à 800 mètres du rivage actuel, repéré dès 1856.

Aucun vestige visible depuis la passerelle

Rien ne signale le gisement depuis la rive. La passerelle en bois du Petit Port longe l’eau, la plage voisine accueille les baigneurs l’été, et les pieux restent à près de deux mètres de fond. Le chantier d’octobre se déroule sous la surface, et les relevés rejoindront la carte archéologique des lacs tenue par le ministère de la Culture.